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29 mars 2016

Pékin ne se donne aucune limite dans sa lutte contre la liberté d’expression

Le journaliste Chang Ping, qui vit aujourd’hui en Allemagne, a annoncé le 27 mars 2016 que ses deux frères et sa sœur avaient été enlevés par les autorités du Sichuan (Sud). Cette dernière et l'un des deux frères auraientt été relâchés le lendemain. « La police a dit à ma famille de me contacter pour me demander de cesser immédiatement de publier des articles critiquant le parti communiste chinois », raconte Chang Ping à l’ ONG China Change. Le 25 mars dernier, le reporter avait publié un article condamnant l’arrestation du journaliste Jia Jia, lui même « kidnappé » par les autorités le 15 mars, peu après la publication en ligne d’une lettre ouverte anonyme, appelant le président chinois Xi Jinping à démissionner (lire la lettre traduite par China Digital Times). Le journaliste a finalement été libéré le 25 mars.

Chang Ping, journaliste respecté en Chine, refuse de céder à la censure et se bat sans relâche pour ses convictions, dont la liberté de la presse. Après avoir vécu sous la pression constante du Département de la propagande le journaliste a quitté la Chine en 2011 avant de s’installer en Allemagne où il travaille pour la Deutsche Welle.

« Cette honteuse chasse aux sorcières ne montre rien de moins que le caractère dictatorial du régime chinois, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Mais le silence général des pays européens et de l’ensemble de la communauté internationale est plus choquant encore. Devons nous attendre que des diplomates étrangers soient détenus et inculpés d’activité contre le parti communiste pour espérer une réaction ? Les Etats-Unis et l’Allemagne ont le devoir impératif de garantir le respect des droits fondamentaux de Wen Yunchao et Chang Ping, aujourd’hui mis à mal par la Chine ».

Le harcèlement de la famille du journaliste intervient quelques jours seulement après l’arrestation des parents et du frère du blogueur et défenseur des droits de l’homme Wen Yunchao (également connu sous le pseudonyme de Bei Feng), qui vit à New York. Le 22 mars, la police du Guangdong a arrêté ses proches après que des rumeurs, démenties par le blogueur, présentaient Wen Yunchao comme l’auteur de la lettre anonyme. Expert des nouveaux médias, Wen Yunchao est l'un des premiers journalistes citoyens en Chine, blogueur reconnu et également signataire de la Charte 08, manifeste pour la démocratie qui a valu onze ans de prison au prix Nobel de la paix Liu Xiaobo.

Au total, plus de vingt personnes ont été détenues par la police, dont six employés de la plateforme d’information Wujie News, où avait initialement été publiée la lettre ouverte.

La Chine occupe la 176e place sur 180 pays dans le Classement annuel de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières.