Héros de l'information

Hasan Cemal

« Je maudis votre journalisme, si vous pensez que c’est ce que vous faites ! » Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ne mâche pas sesmots, en mars 2013, lorsqu’il accuse le quotidien Milliyet de compromettre le processus de paix avec la rébellion kurde en rendant publiques les notes des premiers pourparlers. La salve vise en partie Hasan Cemal, célèbre chroniqueur de Milliyet qui défend son journal et estime que chacun doit faire son travail. Il sera bientôt poussé à la démission. Si quelqu’un est attaché à la paix et à la réconciliation, c’est pourtant bien lui. Mais il est aussi habitué à briser les tabous. Au plus fort des combats entre Ankara et les rebelles kurdes du PKK, il compte parmi la poignée de journalistes qui vont interviewer ces derniers dans leur base arrière du Mont Kandil. En 2012, il signe un livre dont le titre aurait suffi à lui valoir la prison quelques années plus tôt : « 1915, le génocide des Arméniens». Signe des changements qui traversent la société turque, l’ouvrage devient rapidement un best-seller. Le célèbre journaliste de 70 ans, qui travaille aujourd’hui pour le site d’information T24, n’en reste pas moins l’objet de campagnes de haine et de calomnie régulièrement lancées par les milieux d’extrême-droite.