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2 août 2018 - Mis à jour le 3 août 2018

Les autorités s’acharnent contre un blogueur critique au Bélarus

Crédit : Radio Svaboda - RFE/RL
Reporters sans frontières (RSF) dénonce le harcèlement dont est victime le blogueur bélarusse Siarheï Piatroukhine et demande aux autorités de le laisser faire son travail librement.

Détention arbitraire, poursuites en cascade, matraquage économique… Les autorités de la région de Brest, à la frontière polonaise, s’acharnent contre le blogueur Siarheï Piatroukhine. Après trois jours de garde à vue pour une infraction dont il a finalement été reconnu innocent le 1er août, il risque toujours jusqu’à trois ans de travaux forcés. Pour avoir dénoncé les mauvais traitements dont il avait fait l’objet lors d’une précédente interpellation, en février.


Des policiers ont cherché à perquisitionner le domicile de Siarheï Piatroukhine à Brest le 27 juillet. Devant son refus de les laisser entrer en l’absence de son avocat, les officiers l’ont emmené au poste et inculpé pour “refus d’obtempérer”. Les vidéos du blogueur montrent clairement qu’il n’a opposé aucune résistance et ne s’en est pris verbalement à aucun policier. Il a pourtant passé les trois jours suivants en garde à vue, avant d’être remis en liberté et acquitté. Il a découvert en rentrant chez lui que les policiers s’y étaient malgré tout introduits et avaient confisqué son ordinateur.


Cette perquisition s’inscrit dans le cadre d’une enquête ouverte contre Siarheï Piatroukhine pour “insulte publique”. En cause, un message posté le 23 juillet sur les réseaux sociaux. Le blogueur y mettait en cause un policier qui l’avait maintenu plusieurs heures dans un fourgon non chauffé, par une température de -27 degrés, en février dernier. Le blogueur a reçu une convocation le 24 juillet pour un interrogatoire censé se dérouler… la veille. Il risque jusqu’à trois ans de travaux forcés en semi-liberté.


C’est déjà la troisième garde à vue de Siarheï Piatroukhine et la seconde perquisition à son domicile cette année. Le blogueur a passé neuf jours en détention et reçu pas moins de six amendes depuis le mois de janvier. En mai, la police lui a confisqué son ordinateur portable, une tablette et un smartphone.


“L’acharnement ubuesque dont fait l’objet Siarheï Piatroukhine ne peut être qualifié autrement que de vengeance liée à ses activités de blogueur critique, dénonce Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Nous demandons aux autorités locales de mettre un terme à ce harcèlement et de le laisser faire son travail librement.”


Critique des autorités locales, des brutalités policières et de la corruption, le blog vidéo de Siarheï Piatroukhine, “Narodny Repartsyor” (“Reporter populaire”), est très suivi dans la région de Brest. Il a activement couvert les manifestations antigouvernementales du printemps 2017 et un mouvement de protestation local contre la construction d’une usine de batteries automobiles par une entreprise chinoise, qui suscite des craintes de pollution.


Échaudées par les vastes manifestations du printemps 2017, les autorités redoublent d’efforts pour contrôler Internet et les médias : blocage de sites d’information de référence, réforme encore plus drastique de la loi sur les médias, cascade d’amendes inédite contre les journalistes indépendants… Le Bélarus occupe la 155e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2018, établi par RSF.