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15 avril 2016 - Mis à jour le 18 mai 2018

Harcèlement intolérable de deux journalistes bélarusses : un test pour la communauté internationale

Crédit : Belarus Association of Journalists (BAJ)
Reporters sans frontières (RSF) dénonce le harcèlement judiciaire des reporters indépendants Kastous Joukowski et Larisa Chtchyrakova. L’organisation exhorte l’Union européenne à conditionner son rapprochement avec le Bélarus à des avancées précises en matière de liberté de la presse.

7
amendes
en trois mois et demi pour le seul Kastous Joukowksi

La ville de Homiel sert-elle de laboratoire de la répression contre les journalistes au Bélarus ? Le 15 avril 2016, la justice locale a condamné Kastous Joukowski et Larysa Chtchyrakova à des amendes de 7,5 millions de roubles bélarusses (près de 330 euros), pour leur collaboration avec un média indépendant basé à l’étranger. C’est respectivement la septième et la troisième amende à laquelle ils sont condamnés depuis le début de l’année. Chacune des sanctions prononcées contre Kastus Joukouski excède le salaire mensuel moyen au Bélarus (274 euros). En cas de non-paiement, les journalistes devront faire face à la saisie de leurs biens et de leurs logements.


« Réduire un journaliste à l’indigence est un moyen de l’anéantir, dénonce Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale. L’acharnement des autorités à l’encontre des reporters de Homiel est tel qu’il a valeur de test : si la communauté internationale ne réagit pas, le régime d’Alexandre Loukachenko y verra une carte blanche pour poursuivre sa chasse aux journalistes en toute discrétion. »


Kastous Joukowski n’a pas été autorisé à recourir à un avocat pour sa défense. En signe de protestation, il s’est présenté bâillonné devant les juges et a refusé de répondre à leurs questions. « Ce n’était pas un procès mais une farce, a-t-il déclaré à RSF. [Le tribunal] avait l’ordre d’étouffer les journalistes. Aujourd’hui la police est après nous ; elle en pourchassera d’autres si nous nous rendons. »


Le reporter travaille principalement pour la chaîne Belsat TV, basée en Pologne. Le sujet incriminé le 15 avril concernait les réfugiés ukrainiens à Homiel et la visite d’un représentant du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR). Larysa Chtchyrakova avait elle aussi filmé cette visite, mais elle avait accidentellement supprimé ses images. Ce qui n’a pas empêché le tribunal de la condamner comme si elle les avait transmises à Belsat TV. « Le juge n’a même pas jugé utile de réclamer la preuve de ma contribution au reportage », a-t-elle relevé.


Kastous Joukowski et Larysa Chtchyrakova sont les dernières victimes en date de la censure hypocrite de Minsk : d’un côté, les autorités bannissent les principaux médias audiovisuels indépendants, contraints d’émettre depuis l’étranger. De l’autre, elles refusent systématiquement l’accréditation de leurs collaborateurs, ce qui permet de les poursuivre pour « production et diffusion illégales de contenu médiatique ». Pas moins de 28 condamnations à des amendes ont été prononcées sur ce fondement au cours de l’année 2015, en amont de la dernière élection présidentielle. Le harcèlement semble se concentrer cette année sur Homiel.


J’en appelle à la communauté internationale pour qu’elle défende les principes qu’elle prône et abandonne sa politique du deux poids deux mesures. Je n’appelle pas à des sanctions, mais toute négociation doit s’accompagner de conditions.Kastous Joukowski


Le gouvernement bélarusse, qui doit composer avec le marasme économique dans lequel se trouve le pays, cherche à se rapprocher de l’Union européenne (UE) et à séduire les bailleurs de fonds internationaux. L’UE s’est contentée de la libération des principaux prisonniers politiques, en 2015, pour lever les sanctions ciblées prises à l’encontre de responsables du régime quatre ans plus tôt.