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3 novembre 2016

Briser l’impunité : RSF demande à la justice française de ne pas clôturer le dossier Roguelon

Les procédures judiciaires lancées en France et en Italie, suite à l’attaque dont avaient été victimes en Ukraine le photographe français William Roguelon, le journaliste italien Andrea Rocchelli et le journaliste russe Andreï Mironov, sont en passe d’être clôturées. De nombreux éléments existent pourtant qui permettraient à l’enquête d’aboutir. Au lendemain du 2 novembre, journée mondiale pour la fin de l'impunité des crimes commis contre des journalistes, RSF exhorte la justice française à poursuivre son enquête pour que les auteurs de ce crime ne restent pas impunis.

Le 24 mai 2014, le journaliste italien Andrea Rocchelli et le photographe français William Roguelon, accompagnés du journaliste et militant des droits de l’homme russe russe Andreï Mironov et de leur chauffeur, étaient en reportage sur la ligne de front au sud de Sloviansk, en Ukraine. Quelques minutes après leur arrivée, ils étaient pris pour cible et touchés par des tirs de mortier. Rocchelli et Mironov étaient tués sur le coup, Roguelon, gravement blessé aux jambes et en état de choc, parviendra à être secouru et à revenir en France au terme d’un long périple.


Après ces terribles événements, la famille Rocchelli déposait plainte en Italie, pour obtenir que les auteurs de cet homicide ne restent pas impunis. Une procédure était également enclenchée en Russie par la famille Mironov. Et, à l’été 2015, principalement afin de pouvoir aider la famille Rocchelli, William Roguelon déposait à son tour plainte contre X pour tentative de meurtre d’abord à la gendarmerie puis ensuite en se constituant partie civile devant un juge d’instruction bordelais.


Il faut rappeler en effet qu’au terme du droit international et des conventions de Genève, les journalistes sont des civils, et que les prendre pour cible constitue un crime de guerre. Les trois hommes, expérimentés, étaient habillés en civil, se déplaçaient dans un taxi civil, bénéficiaient d’une accréditation, et avaient avant l’attaque déjà passé dix check-points. Leur présence était donc connue, et ils ne pouvaient en aucun cas être confondus avec des militaires ou des parties prenantes au conflit. Une attaque délibérée à leur encontre constitue donc bien un acte criminel qui ne doit pas rester impuni.


Pourtant, après deux ans de procédure, les enquêtes en France et en Italie sont au point mort, et sont en passe d’être clôturées. Si une vraie volonté de faire éclater la vérité existe en Italie, le procureur de Pavie en charge du dossier n’a pas les éléments qui lui permettraient d’avancer : il ne peut fonder son dossier que sur les éléments transmis par les autorités ukrainiennes, qui n’ont pas sérieusement conduit leur enquête. En France, au contraire, la justice semble considérer que Roguelon était au mauvais endroit au mauvais moment, qu’il connaissait les risques, et qu’il est après tout toujours vivant. En conséquence, le Juge d’instruction de Bordeaux s’apprête à rendre une ordonnance de clôture. Pourtant, M. Roguelon a en sa possession un éclat d’obus que les autorités françaises n’ont pas analysé, de nombreux témoins n’ont pas été auditionnés...


En ce lendemain du 2 novembre, date qui a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies, et à l’initiative de la France, Journée internationale pour la fin de l'impunité des crimes commis contre des journalistes - au terme d’une résolution qui exhorte les États Membres à prendre des mesures précises pour combattre l’impunité, la France ne peut se contenter d’une enquête inaboutie.


La clôture du dossier Roguelon par les autorités françaises serait un terrible signal envoyé aux auteurs de crimes contre les journalistes, souligne Paul Coppin, responsable juridique de RSF. Nous demandons donc instamment aux autorités judiciaires bordelaises de ne pas clôturer ce dossier, de poursuivre l’enquête, de répondre favorablement à la demande de l’avocate de William Roguelon de procéder à une nouvelle série d’investigations, et de collaborer avec la justice italienne.