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24 août 2017 - Mis à jour le 18 mai 2018

Bélarus: cinq correspondants de Belsat TV jugés en une semaine

Crédit: SERGEI GAPON / AFP
La persécution des journalistes indépendants s’intensifie au Bélarus. Cette semaine, cinq d’entre eux sont appelés à comparaître devant un tribunal pour avoir travaillé sans accréditation pour un média étranger. Reporters sans frontières (RSF) condamne la persécution des autorités contre les dernières voix critiques dans le pays.

S’il fallait encore une preuve de l’acharnement des autorités bélarusses contre les journalistes indépendants, la tenue des procès de cinq d’entre eux cette semaine en est une. Stanislaw Ivachkevitch, Ales Silitch, Maria Artsybachava, Katsyaryna Andreïeva et Syarheï Kavalyou sont tous appelés à comparaître les 24 et 25 août 2017. Correspondants de la chaîne en exil Belsat TV, ils sont poursuivis sur la base du même article 22.9 du Code des infractions administrations, accusés de “production et/ou distribution illégale de contenu médiatique”. Premières victimes de ce type de procédure, les contributeurs de Belsat TV ont fait l’objet d’au moins 26 autres procès pour travail sans accréditation depuis le mois d’avril. Ils cumulent plus de 10 000 euros d’amende depuis le début de l’année.


“Nous condamnons cette nouvelle vague de procès, qui a pour seul but d’intimider les journalistes et de les forcer à se soumettre aux pressions gouvernementales, commente Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Nous appelons Minsk à mettre un terme au harcèlement judiciaire systématique des journalistes indépendants.”


Le cercle est vicieux. En interdisant à des médias basés à l’étranger, tels que Belsat TV, d’ouvrir un bureau à Minsk, les autorités bélarusses forcent ses contributeurs à travailler sans accréditation dans le pays. Ce qui sert en retour de justification pour des poursuites judiciaires et des condamnations. Journaliste de tous les records, Kastous Joukowski a ainsi écopé ces trois dernières années de 17 amendes totalisant plus de 5 000 euros. Dans l’incapacité de payer cette somme, il est menacé de voir ses biens confisqués.


Alors que les autorités avaient l’habitude de viser les reporters en région, en particulier à Homiel, elles commencent désormais à persécuter les journalistes de Belsat TV à Minsk, explique à RSF Alyakseï Minchonak, représentant de la chaîne au Bélarus.


Ces derniers mois, la répression contre les voix indépendantes s’est en effet intensifiée. En mars, une centaine de journalistes et blogueurs ont été interpellés en couvrant des manifestations antigouvernementales à travers tout le pays. Les autorités redoutent de nouveaux mouvements protestataires à la rentrée et cherchent à en empêcher toute couverture par des médias indépendants.


Les officiels pensent probablement que si un reporter paye l’amende, il ou elle sera moins prêt à travailler. Ils y voient également l’opportunité de renflouer les coffres, ajoute Alyakseï Minchonak.


Le Bélarus occupe la 153e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en 2017.