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6 juin 2016 - Mis à jour le 8 juin 2016

Afghanistan: un journaliste américain et un photojournaliste afghan tués

Reporters sans frontières (RSF) a appris avec tristesse la mort, le 5 juin 2016, du photojournaliste américain David Gilkey, et de son collègue et interprète afghan Zabihullah Tamanna, lors de l'attentat contre un convoi de l'armée afghane dans lequel se trouvait leur voiture. RSF demande aux autorités davantage de protection pour les journalistes, notamment contre la menace talibane.

David Gilkey, photojournaliste âgé de 50 ans couvrait la guerre et les conflits en Irak et en Afghanistan depuis le 11-Septembre pour la National Public Radio (NPR). Il est le premier journaliste américain tué en Afghanistan. Zabihullah Tamanna, 38 ans, également photojournaliste, collaborait avec la NPR en tant que traducteur.


Le véhicule de l'armée afghane dans lequel les deux hommes se trouvaient a été atteint par un obus près de la localité de Marjah, dans la province de Helmand (sud du pays). Depuis 2001, les journalistes travaillant en Afghanistan ont payé un lourd tribut. Au moins 35 professionnels, dont 16 journalistes étrangers, ont été tués en raison de leur travail d’information. Dans la majorité des cas, ces crimes sont restés impunis.


David Gilkey et Zabihullah Tamanna ont été tués le jour même du neuvième anniversaire de la mort de Zakia Zaki, directrice de la radio Sada-e-Sulh (“la Voix de la Paix”) et figure emblématique du journalisme afghan. Dans la nuit du 5 au 6 juin 2007, au moins deux hommes avaient pénétré au domicile de la journaliste à Jabal Saraj, dans la province de Parwan (nord de Kaboul), et l’avaient abattue de sept balles, sous les yeux de son fils de deux ans.


Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières (RSF), les assassins étaient des proches de Gulbuddin Hekmatyar, fondateur et leader du groupe islamiste Hezb-e-Islami (HIA). D’après plusieurs sources, ce dernier avait lancé une fatwa contre la journaliste quelques mois avant son assassinat. « Si vous voulez protéger l'islam, il faut faire taire la voix de cette femme », avait déclaré le chef du groupe extrémiste et fondamentaliste islamique, ancien allié des Talibans qui vient de signer un accord avec le gouvernement le 18 mai 2016.


Les auteurs de l’assassinat de Zakia Zaki, n'ont jamais été identifiés publiquement et punis par la justice. Aucune enquête digne de ce nom n’a été menée par les autorités.


En dépit des mesures encourageantes prises par le gouvernement afghan d’union nationale en faveur de la liberté de l’information, RSF continue de dénoncer la impunité dont jouissent les auteurs des exactions à l’encontre des journalistes.


L’Afghanistan est classé 120éme sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2016 établi par Reporters sans frontières.